Le pouvoir peut-il revenir en arrière et admettre la défaite de son candidat, Jude Célestin? Même si le pouvoir ne reconnaît pas tout de suite la défaite de son candidat, Jude Célestin, il est obligé de respecter le vote du peuple. Il n’a pas le choix. La grande majorité semble avoir exprimé un vote sanction au gouvernement en place, en raison de ses réponses insuffisantes aux besoins de la population: de la santé à l’éducation, en passant par l’emploi la justice, et évidemment la gestion de la crise post-séisme et de l’épidémie de choléra. Malgré les fraudes massives, ce vote paraît crédible, et de nombreux observateurs réclament le respect de la volonté populaire. Le peuple est dans la rue pour défendre son vote. Le pays est presque paralysé. Le Conseil électoral a proposé la création d’une Commission de vérification. Il faut espérer que cette proposition soit acceptée par la classe politique et mise en œuvre avec le plus grand sérieux.
Les manifestations pro-Martelly étaient-elles spontanées? Contrôle-t-il ses partisans?Les rumeurs de fraude massive en faveur du candidat du pouvoir et au détriment de Michel Martelly circulaient depuis plusieurs jours. Ses partisans ont dû se préparer, car la réponse a été rapide et a touché presque tout le pays. Mais il faut noter que d’autres secteurs ou hommes politiques ont intérêt à descendre dans la rue ou à créer des troubles: ceux qui ne voulaient pas du tout les élections avec M. Préval au pouvoir, ceux qui veulent l’annulation pure et simple du premier tour et les candidats malheureux au Sénat ou à la Députation. Martelly est un nouveau venu en politique. C’est trop tôt pour dire s’il a le contrôle de ses partisans.
Un vote maintenant alors que le tremblement de terre et le choléra ont plongé le pays dans le chaos… Cela avait-il un sens?
Après le séisme du 12 janvier, plusieurs secteurs avaient proposé d’organiser les élections dans deux ans et de mettre en place un gouvernement de consensus. Mais le pouvoir n’a pas voulu et la communauté internationale souhaitait avoir comme interlocuteurs légitimes un président et un Parlement élus. Il faut rappeler qu’aujourd’hui le pays fonctionne sans Chambre des députes et avec un Sénat amputé du tiers de ses membres. A défaut d’expérience, un nouveau pouvoir peut apporter l’espoir d’un renouveau.
Comment les Haïtiens tiennent-ils le coup? Depuis le départ de Jean-Claude Duvalier, il y a bientôt vingt-cinq ans, ils n’ont cessé d’être trahis par leurs élites?La résilience du peuple haïtien dont on a beaucoup parlé depuis le tremblement de terre, l’aide à tenir. Sur le plan économique, l’aide internationale (60% du budget national), les transferts de la diaspora, la solidarité familiale sont des facteurs non négligeables. Une classe politique compétente et soucieuse du bien commun est indispensable, tout comme une plus forte cohésion sociale. Autant de processus qui prennent du temps mais qui avancent.
Haïti est-il condamné à être la république des ONG?
Durant ses deux siècles d’histoire, l’Etat haïtien a été patrimonial et répressif. Il ne s’est pas soucié des besoins de la population. D’où la prolifération et le renforcement des ONG. Aujourd’hui, un système politique démocratique se met en place, dans la douleur certes, mais nous espérons de façon irréversible.
Bernard Bridel Port-au-Prince - Tribune de Genève du 11 décembre 2010
En ce moment nous sommes surtout inquiets sur la situation du pays et sur l'explosion sociale qui peut se produire si le gouvernement persiste dans son idee du proposer Jude Celestin au 2ème tour. Les résultats officiels sont prevus pour mardi 7, en attendant la colerè gronde.







